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#BlogGuest01 : Adeline Sede-Kamga et Sandra de Happi




Pour le lancement de la rubrique #BlogGuest de Sandra de Happi, j'ai eu le plaisir de recevoir Adeline Sede-Kamga, une professionnelle de la communication qui est également l'éditrice du célèbre magazine FabAfriq. J'espère que vous aurez plaisir à lire notre échange sur les plus et les moins du métier au Cameroun. Merci encore à Adeline, que vous pouvez retrouver sur son instagram.


 

SDH : Bonjour Adeline. Dites-nous quelques mots à propos de vous et de votre background.


Adeline : Je suis une jeune Camerounaise, francophone, mais qui a reçu une éducation et fait des études anglo-saxonnes. À la suite de mes premières classes au Cameroun, je me suis envolée pour l’Angleterre où j’ai obtenu un diplôme en Communication d’entreprise et, plus tard, un Master en Ressources Humaines de Coventry University. Je suis mariée et maman de trois (03) enfants.


SDH : Comment avez-vous démarré dans le domaine des Relations Publiques, de vos balbutiements jusqu’au statut de Consultante ?


Adeline : Tout part du lancement du magazine FabAfriq, que j’ai créé en 2019. Cette activité m’a emmenée à fréquenter de nombreux entrepreneurs. Quelques-uns étaient admiratifs du travail que je faisais avec mon média, et ils ont fini par me solliciter pour organiser des événements pour eux, voire pour leur concevoir des stratégies de communication.


Quelques années plus tard, retour au Cameroun. Ici, tout a commencé le jour où je suis allée déposer des exemplaires de FabAfriq chez un annonceur, la compagnie aérienne Ethiopian Airlines. La dame avec qui j’étais en contact là-bas m’a fait remarquer que je pourrais leur apporter beaucoup plus sur le plan de la stratégie, au-delà des insertions publicitaires. Ils aimaient la manière dont je communiquais avec le magazine. J’ai donc travaillé mon activité de conseil au Cameroun avec Ethiopian, notamment sur les réseaux sociaux. De fil en aiguille, des hôtels et des restaurants ont commencé à m’approcher pour que je fasse la même chose pour eux. Puis des banques, des assurances et des entreprises d’autres secteurs ont suivi. Avec le temps, j’ai fini par me positionner sur le segment du coaching des managers et aller vers d’autres pays – Côte d’Ivoire, Gabon, Sénégal... C’est ainsi que je me retrouve dans le métier depuis plus de 15 ans.


À vrai dire, je pense que ma personnalité ouverte et « friendly » a beaucoup joué dans tout ça. Le consultant ce n’est pas seulement celui qui partage son avis et son expertise, mais c’est aussi celui qui écoute beaucoup avant de réagir.





SDH : Vous avez eu l'opportunité de pratiquer sur deux continents. En quoi le secteur des Relations Publiques en Afrique diffère-t-il des marchés matures comme les États-Unis ou l'Europe ?


Adeline : En Afrique, et au Cameroun en particulier, les entreprises ne maitrisent pas vraiment ce que sont les Relations Publiques. Ici, les gens pensent que c’est un service marchand où il faut un échange d’argent, il faut payer. Ailleurs, ce n’est pas pareil. J’ai travaillé avec des clients américains et anglais donc je vais parler de ceux-là spécifiquement. Ils observent ce que tu as déjà fait, avec qui tu as eu à travailler, quel est ton réseau et si ça peut leur être bénéfique.


En Afrique, on ne te laisse même pas une chance. Le relais d’informations s’achète. Journalistes, blogueurs, influenceurs, etc… Tous. Pourtant dans le cadre des RP, il s’agit d’abord de voir si l’information, l’innovation, l’évènement correspond à tes valeurs ou ta ligne éditoriale en tant que relais. Mais dès qu’ils voient « communiqué de presse », ils pensent « argent ». On n’arrive pas à comprendre la différence entre RP et Publicité.


Autre différence remarquée, ici la plupart des professionnels des Relations Publiques se focalisent beaucoup sur l’événementiel. Pourtant ce n’est qu’un aspect du domaine.


Sur un plan plus positif, les gens commencent à comprendre que c’est une pratique importante. Quand il y a une crise par exemple, on commence à intégrer qu’il faut chercher un expert qui va utiliser les bons mots, les bonnes images, les bonnes émotions pour obtenir la bonne réaction. En Angleterre d’ailleurs c’est automatique. Dès qu’il y a un problème ou une crise, on fait appel à un « crisis management agency » sans réfléchir.


SDH : Et vous, Sandra, partagez-vous la même opinion qu'Adeline ?


Sandra : Oui, ce sont des choses communes et Adeline a parfaitement résumé la situation. Ailleurs, on « Pitch ». Ici, on ne perçoit plus de différence entre l’information et la publicité. Tout se monnaie.

Et ça amène même d’autres problèmes. Par exemple, lorsqu’on a un client étranger qui vient mener une activité sur le continent, il ne comprend pas pourquoi il doit payer son agence de RP et payer encore entièrement pour que ses informations soient relayées. Pour être honnête, ça peut être aussi dû à la précarité de la rémunération des acteurs de médias chez nous. Les journalistes et autres relais essaient certainement de survivre comme ils peuvent à travers cette manière de faire.


Sur le plan de la compréhension de ce que sont vraiment les Relations Publiques, ceux qui comprennent même la notion se limitent à la politique. C’est quand il faut travailler sur une campagne électorale que les gens comprennent l’importance du message, de l’image, des partenariats, etc. Mais dans les autres domaines, beaucoup moins.


Une chose est certaine néanmoins, les choses changent avec le besoin de « personal branding » grandissant. Les gens commencent à se préoccuper de leur image alors qu’avant, ce n’était un truc pour les grandes célébrités.


Au Cameroun, dès que les médias voient « communiqué de presse », ils pensent « argent ». On n’arrive pas à comprendre la différence entre RP et Publicité.

SDH : Les multinationales étrangères ont commencé à rechercher de nouveaux marchés de croissance avec le début de la crise financière mondiale. Un certain nombre d'agences de Relations Publiques étrangères ont ainsi étendu leurs services sur le continent africain, en suivant bon nombre de leurs clients. En tant qu'Africaine, que pensez-vous de ce phénomène ?


Sandra : Pour moi, c’est positif. Ça va stimuler le marché, pousser les gens à s’améliorer, et pourquoi pas, faire fuir les charlatans - rires. Ma vision c’est qu’il y a de la place pour tout le monde. Chacun peut venir avec sa touche personnelle et attaquer sa niche. Tant qu’on joue fairplay, il n’y a aucun souci.

Le bémol à mon sens est le fait de toujours devoir attendre que ce soient les autres qui viennent impulser le besoin chez nous et nous montrer que c’est important. Je trouve cela un peu dommage. Nous devrions être plus encore plus proactifs.


SDH : Et vous, Adeline. Croyez-vous que ce soit pour le mieux comme Sandra ?


Adeline : Absolument. J’ai une seule préoccupation : qu’ils essaient d’embaucher les talents locaux. Parfois, ils emmènent entièrement leur personnel de chez eux pour ici. Non. Il faut donner les opportunités aux locaux, faire des partenariats avec les universités africaines, et pourquoi pas, proposer des stages et des programmes professionnels…


SDH : Malgré la croissance du secteur des RP, le recrutement et la rétention de talents ayant une vision adaptée au contexte local semble être encore un problème. Quelle a été votre expérience, ou votre vécu, dans la recherche des meilleures jeunes compétences locales en Relations Publiques ?


Adeline : Je recrute les talents au Cameroun depuis 2013. Et honnêtement, ça a été une belle expérience. Les jeunes que j’ai recrutés ont beaucoup appris et donné à ma structure. J’en ai qui ont travaillé avec moi pendant 5, 6, 7 ans. C’est vrai que quand je regarde ailleurs, les employés partent beaucoup plus vite. Du coup, je me sens reconnaissante. Mais ça, c’était avant.

De nos jours, c’est beaucoup plus difficile. Tous les jeunes aujourd’hui veulent créer leurs propres compagnies et n’ont plus la patience d’attendre. Les talents qui sortent de l’Université veulent avoir leurs entreprises à eux. C’est peut-être à cause d’internet et des opportunités qui y sont offertes maintenant.


Sandra : Je compte également des recrutements dont je suis très fière aujourd’hui. Je pense particulièrement à quelques personnes avec qui j’ai commencé il y a des années et dont j’ai été impressionnée par la progression.


Par rapport aux talents en RP spécifiquement, il y a toujours ce problème de compréhension de ce que c’est exactement. Et même quand ils ont étudié cette spécialité, le secteur est encore embryonnaire donc il n’y a pas forcément de place ou d’opportunités pour travailler dans ce domaine. Ils iront donc faire un peu de tout dans la communication et le marketing. Et ceux qui connaissent et maitrisent, et bien, ils ont leur propre entreprise – rires.


Adeline : Ah ça. Et quand tu en trouves même qui sont disponibles, ils te demanderont 600 000 FCFA le mois. I’m like, okay !


SDH : Une question pour vous deux, Mesdames, pour terminer cette conversation. Quel est le préjugé ou la fausse conception qu’ont régulièrement les gens sur le métier que vous faites ?


Sandra : « Qu’est-ce que tu fais ? J’ai une agence de communication. Oui, mais qu’est-ce que tu fais ? ». Aussi simple que ça.

Autre chose, les gens pensent qu’il n’y a pas tant de technicité dans ce métier. Un peu comme les artistes. On n’apprécie pas toujours qu’il y a des process, de la stratégie, non. On a l’impression que c’est juste du « bla bla ». Il n’y a aucun rapport avec la manière dont on considèrerait un métier d’ingénieur par exemple.


Adeline : Un ami à moi, qui est l’un des plus grands vidéographes du Cameroun d’ailleurs, s’est assis avec moi pour me demander ce que je pouvais faire, ce que je pouvais lui apporter, Sans poser préalablement de problème, rien. Mais il voulait savoir en quoi est-ce que je peux lui être utilise. En fait, les gens pensent généralement que les publicistes sont des marketeurs.


Pour aller plus loin dans la conversation, rejoignez Sandra sur Instagram ou sur sa page Facebook.

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